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Eaux polluées, quelle agriculture pour y remèdier ?



Un rapport publié par l'IFEN (Institut français de l'environnement) révèle la forte présence de pesticides dans les eaux superficielles et souterraines, à un niveau tel que ces ressources ne peuvent être utilisées pour produire de l'eau potable sans traitement spécifique.

En France, 57% des eaux souterraines et 73% des eaux de surface contiennent des pesticides, selon le 5e bilan annuel publié mardi par l'Institut français de l'environnement (IFEN). Ces proportions de pesticides sont telles que "les milieux aquatiques peuvent être perturbés ou les seuils admissibles pour la production d'eau potable dépassés sans traitement spécifique", souligne l'Institut. Sur l'ensemble des points de mesure, " 36% sont altérés à un tel niveau que, si ces ressources étaient utilisées pour la production d'eau potable, elles nécessiteraient un traitement spécifique aux pesticides ou seraient inaptes. ". Une tendance qui tend à augmenter selon l'Institut. La situation est particulièrement alarmante dans les départements d'Outremer avec des niveaux de contamination "très préoccupants" selon les experts . Les réseaux de surveillance ont en effet détecté la présence massive d'insecticides, pourtant interdits de très longue date, en Martinique et en Guadeloupe.

 

Exigences européennes

Les 159 pesticides différentes qui ont été détectés sont des herbicides et des fongicides utilisés pour l'agriculture, dont certains (les triazines), devraient toutefois être interdits à partir de 2003. Par ailleurs, la France doit en 2004 transposer une directive européenne concernant la qualité de l'eau. Ce texte exige que les Etats- membres parviennent en 2015 à "un bon état écologique des eaux". Enfin, une proposition de directive visant à protéger les eaux souterraines contre la pollution vient d'être présentée par la Commission. Elle prévoit l'instauration d'une surveillance de la qualité des eaux du sous-sol, ainsi que des mesures correctives. La Commission rappelle l'importance environnementale de ces eaux, tant pour la production d'eau potable que pour les activités industrielles et agricoles. Elles jouent également un rôle fondamental dans le maintient des zones humides et le débit des fleuves, notamment en période de sécheresse. En France, le taux de pollution aux nitrates et aux pesticides atteint un seuil particulièrement élevé dans certains départements, malgré les objectifs fixés par Bruxelles. Une situation qui devra impérativement être corrigée d'ici 2015 avec la transposition de la directive européenne sur l'eau.

 


Raisonnée, durable, ou bio?

Pour sortir du système agricole productiviste, qui conduit à de tels taux de pollution, et atteindre l'objectif fixé dès le Sommet de Rio, en 1992, d'une agriculture durable, deux voies semblent s'opposer. D'une part l'agriculture dite " raisonnée ", qui ne sort pas vraiment du productivisme, mais qui veut limiter ses impacts environnementaux, en réduisant l'emploi d'intrants : la juste dose au bon moment. Cette approche, soutenue par le syndicat majoritaire, la FNSEA... et les multinationales de l'agro-chimie, est considérée comme largement insuffisante par les mouvements écologistes. Ainsi, l'association France Nature Environnement n'y voit qu'une simple mise en conformité avec la réglementation existante : " Le lobby productiviste soutenu par l'industrie des pesticides cherche avant tout, à travers une opération de marketing, à s'auto-décerner des médailles... autant récompenser les automobilistes qui s'arrêtent au feu rouge ".D'autre part, l'agriculture biologique, écologiquement 100 % correcte, mais qui, selon les spécialistes, n'aurait pas des rendements suffisants pour nourrir la planète à un prix acceptable.


Entre ces deux voies - la première, encore balbutiante, mais qui veut devenir le standard des bonnes pratiques agricoles et la seconde, plus ancienne, mais qui peine à trouver sa place et reste encore élitiste - l'agriculture durable est peut-être à mi-chemin. Ce qui est sûr, c'est qu'une deuxième révolution agricole est en cours : l'agriculteur de demain exercera plusieurs métiers et plusieurs responsabilités : producteur, mais aussi protecteur et aménageur de la nature, développeur régional (tourisme vert) et pédagogue.


Novethic dresse dans ce dossier le portrait de deux agriculteurs qui tentent d'inventer de nouvelles façons de travailler, l'un pratiquant l'agriculture biologique et l'autre l'agriculture raisonnée, et fait le point sur les nouveaux Contrats d'agriculture durable (CAD).


V. S.
Mis en ligne le : 08/10/2003