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AFP/ODD ANDERSEN
Des femmes transportent des bidons
d'eau potable dans une rue de Chokwe,
au nord de Maputo (Mozambique) en
mars 2000. |
Compte rendu
17 % de l'humanité en
manque d'eau potable
LE MONDE
09.11.06 - 13h32
• Mis à jour le 09.11.06 - 13h32
Dans son rapport mondial 2006, publié jeudi 9 novembre, le
Programme des Nations unies pour le développement (PNUD)
demande que la communauté internationale reconnaisse le droit
fondamental de tout être humain à disposer d'au moins
20 litres d'eau potable par jour, gratuits pour les plus pauvres.
| Références
Un indicateur.
Le Programme des Nations unies pour le développement
(PNUD) classe 177 pays selon leur indice de développement
humain (espérance de vie, instruction, revenu réel).
Les plus
développés. La Norvège occupe le premier
rang. Viennent ensuite l'Islande, l'Australie, l'Irlande,
la Suède, le Canada, le Japon et les Etats-Unis.
La France est à la 16e place, le Royaume-Uni à
la 18e et l'Allemagne à la 21e.
Les moins
développés. Aux cinq dernières places,
figurent la Guinée Bissau, le Burkina Faso, le Mali,
la Sierra Leone, et le Niger.
Une comparaison.
Les Norvégiens sont quarante fois plus riches que les
Nigériens. Ils vivent deux fois plus longtemps et vont
tous à l'école. Au Niger, le taux de scolarisation
est de 21 %. |
La volonté de l'organisation
internationale de mettre, cette année, l'accent sur la crise
hydrique est motivée par des chiffres alarmants : 1,1 milliard
de personnes n'ont pas accès à l'eau potable et 2,6
milliards sont privées d'assainissement adéquat.
Chaque année, 443 millions
de jours de scolarité sont perdus du fait de ces pathologies.
Plus grave, 1,8 million d'enfants meurent d'infections transmises
par l'eau insalubre. Des millions de femmes perdent quotidiennement
plusieurs heures à aller chercher l'eau nécessaire
à leur famille et les habitants des bidonvilles paient leur
eau cinq à dix fois plus cher que les résidents des
zones favorisées.
Le rapport estime que l'Afrique,
par exemple, gaspille, chaque année, 5 % de son produit intérieur
brut (PIB), à cause de ces carences.
Les Objectifs du Millénaire
adoptés en 2000 par les Nations Unies prévoient de
réduire de moitié, d'ici 2015, le nombre de ceux qui
sont privés d'eau potable et d'assainissement.
Mais en l'état actuel
des politiques gouvernementales et des crédits débloqués,
ces objectifs n'ont aucune chance d'être atteints, alors que
"le monde ne manque pas d'eau", selon Kermal Dervis, administrateur
du PNUD. Ce secteur n'est guère prioritaire dans les dépenses
publiques des Etats qui lui consacrent moins de 0,5 % de leur PIB
et préfèrent investir ailleurs. Ainsi, le budget militaire
du Pakistan représente 47 fois celui de l'eau et de l'assainissement.
"GUERRES DE L'EAU"
Pourtant les études
montrent qu'au Pérou, l'accès à des toilettes
conventionnelles a réduit la mortalité infantile de
59 % et de 57 % en Egypte. Atteindre les Objectifs du Millénaire
sauverait un million d'enfants au cours de la prochaine décennie
et économiserait 38 milliards de dollars (près de
30 milliards d'euros) par an.
L'Organisation mondiale de
la santé (OMS) estime qu'un dollar investi dans les pays
à faibles revenus a un rendement de près de 8 dollars.
Par ailleurs, un meilleur accès à l'eau serait un
moyen efficace de protéger les 830 millions de ruraux souffrant
de malnutrition et menacés par le réchauffement climatique.
Pour faire des 20 litres d'eau
potable quotidienne par personne un droit fondamental, le PNUD demande
aux Etats de placer l'eau et l'assainissement en tête de leurs
priorités et de leur consacrer au moins 1 % de leur PIB.
Cela implique que "les flux de l'aide internationale (soient)
pratiquement doublés, c'est-à-dire augmentés
de 3,6 à 4 milliards de dollars chaque année",
écrivent les auteurs.
Considérant que 90 %
de la population mondiale vit dans 145 pays qui partagent leurs
ressources hydriques avec d'autres pays, certains observateurs en
ont conclu que des "guerres de l'eau" seront inévitables.
Le PNUD ne le croit pas. Au
cours des cinquante dernières années, il a, certes,
recensé 37 cas de conflits entre Etats sur la question des
ressources hydrauliques, trente d'entre eux ayant eu lieu au Proche-Orient.
Il cite aussi le cas extrême de l'asphyxie de la mer d'Aral
qui ne reçoit plus que le dixième du flux d'autrefois,
en raison de l'absence de coopération entre les ex-républiques
d'Union soviétique.
En revanche, il met en avant
la signature de 200 traités pour une gestion commune de l'eau.
Malgré deux guerres et des tensions persistantes, l'Inde
et le Pakistan gèrent depuis un demi-siècle des bassins
hydrologiques communs par l'entremise de la Commission permanente
pour les eaux de l'Indus.
Compte tenu du nombre de plus
en plus élevé de personnes en concurrence pour les
ressources hydriques, le rapport du PNUD plaide pour que les conflits
d'intérêt soient surmontés par la coopération
et le dialogue.
Alain Faujas
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