| La
guerre de l'eau est-elle pour bientôt ?
22.01.07 - 14h33
Par Gwénaëlle Barzic
PARIS (Reuters) - Avec l'accroissement
de la population et l'augmentation des besoins en eau, les tensions
qui existent aujourd'hui dans certains pays risquent de s'aggraver
et de l'avis général, une crise mondiale de l'eau
semble inéluctable.
L'hydrogéologue français
Jean Margat remet en cause cette vision "simpliste et trop
générale" et préfère parler de
crises de l'eau au pluriel.
"A l'échelle mondiale,
il y a une telle diversité que l'on ne peut pas tout ramener
à une sorte de jugement commun", explique le scientifique
qui a travaillé comme consultant pour l'Unesco, la Banque
mondiale ou les Nations unies.
Les ressources en eau par pays
varient ainsi de quelques millions de m3 à plusieurs milliards.
La Sibérie, le Canada ou le Brésil, qui possède
le plus grand fleuve du monde, sont riches en eau, tandis que la
Libye ne possède pas un seul cours d'eau, même petit.
Les besoins en eau sont également
extrêmement différents de pays à pays et varient
de 100 m3/an à 5.000 m3/an par habitant.
"L'ensemble des ressources
mondiales en eau s'élèvent à 43.000 milliards
de m3 par an et l'humanité en utilise au total chaque année
4.000 milliards. Donc, si on réfléchit seulement en
terme global, il n'y a pas de problème", souligne Jean
Margat.
UN SIXIEME DE L'HUMANITE
SANS L'EAU POTABLE
Il préfère donc
mettre en exergue trois crises régionales, qui diffèrent
dans leur nature et dans les pays qu'elles recouvrent.
Le manque d'accès à
l'eau potable est aujourd'hui, selon Jean Margat, le problème
le plus grave.
Selon les statistiques des
Nations unies, un milliard de personnes, soit un sixième
de l'humanité, n'ont pas accès à l'eau potable.
"Paradoxalement ce sont des pays qui sont souvent riches en
eaux naturelles. Toute l'Afrique centrale est notamment dans ce
cas", explique l'hydrogéologue.
Il ne s'agit donc pas d'un
problème de manque de ressources mais de pauvreté
et de sous-développement. Il concerne en majorité
des pays se trouvant en Afrique et dans une moindre mesure en Asie
et en Amérique du Sud et il risque de s'amplifier avec l'accroissement
de la population.
"On a chiffré qu'il
faudrait au moins 200 milliards de dollars par an pendant 20 ans
pour arriver à ce que toute la population mondiale soit desservie
en eau potable", explique Jean Margat. "Pour l'instant
il y a eu beaucoup de discours, la prise de conscience s'est développée
mais peu d'argent a été mis sur la table", souligne-t-il.
LES PAYS ARABES EN
PREMIERE LIGNE
La deuxième crise identifiée
par Margat concerne tous les pays dont la demande en eau est supérieure
aux ressources disponibles, en gros les pays des zones arides et
semi-arides, ce qui englobe pratiquement tous les pays arabes.
La ressource disponible par
habitant y est inférieure à 500 m3/an, le critère
communément admis pour parler de pénurie d'eau. "En
2050, pas loin du tiers de la population mondiale se trouvera en-dessous
de cet indicateur", c'est-à-dire trois milliards de
personnes, souligne Jean Margat.
La troisième crise,
moins connue du grand public, concerne toutes les populations qui
utilisent des ressources en eau peu ou pas du tout renouvelables.
Une grande partie de l'eau
que nous utilisons est en effet renouvelée naturellement
par le cycle de l'eau mais il existe également des réserves
d'eau, stockés sous la terre, qualifiées de "fossiles"
car elles ne se renouvellent que très peu.
L'Arabie saoudite, la Libye
et l'Algérie exploitent à eux trois 80% de l'eau fossile
utilisée dans le monde mais ces réserves vont arriver
à épuisement dans seulement quelques dizaines d'années.
Un certain nombre de pays surexploitent
par ailleurs leurs eaux souterraines, en tirant plus d'eau qu'il
ne s'en reconstitue naturellement.
Le tarissement des réserves
en eau "non durable" est un problème localisé
qui concerne essentiellement des pays arabes de la zone aride.
QUELLES SOLUTIONS ?
Les crises étant multiples,
il n'y a de solution unique.
Plusieurs pistes sont à
l'étude notamment la réutilisation des eaux usées
ou le dessalement de l'eau de mer. La moitié de l'eau utilisée
par Malte provient ainsi du dessalement, explique Margat.
Des transferts d'eau ont été
mis en place dans certains pays, notamment en Libye où des
fleuves artificiels ont été construits. Mais à
ce jour, il n'existe aucun transfert de pays à pays même
si plusieurs projets ont été à l'étude,
notamment celui d'un aqueduc entre la France et l'Espagne.
Le recours croissant à
l'eau "virtuelle" pourrait également constituer
une solution. Il s'agit d'un concept inventé par l'économiste
anglais Tony Allan qui consiste à évaluer la quantité
d'eau qui a été nécessaire pour produire un
bien alimentaire. On considère que l'eau, consommée
par le pays exportateur, a été économisée
par le pays importateur. Ainsi au lieu d'irriguer pour produire
du blé, certains pays peuvent à la place l'importer.
"Il s'agit d'un moyen indirect de partager l'eau dans le monde
par le commerce", explique Jean Margat.
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