Our planet.

        

 

 

 

 

Vague de chaleur, secheresse, inondations, tempêtes... Cette année, comme tous les ans depuis une décennie, bien de records ont été battus. Le derèglement climatique n'est plus une hypothèse. Nous y sommes. Les deux années les plus chaudes que le monde ait connues en deux siècles de météorologie étaient 1998, suivie par... 2002. 2003 s'annonce plus chaude encore, surtout en Europe.

D'ici à 2100, la temperature moyenne mondiale pourrait augmenter de cinq degrés et les canicules et sécheresses se multiplier.

 

Et que faisons-nous face à ce changement ?

Pas grand-chose. La forte surmortalité provoquée par la canicule le démontre amplement : nos comportements ne suivent pas le changement climatique. Pire, on ne cherche pas à inverser la tendance. Les scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), autorité scientifique mondiale en la matière, nous donnent pourtant seulement trente à cinquante ans pour agir (1).

Après, on ne pourra plus éviter une élévation dramatique du niveau de la mer et d'autres catastrophes à l'échelle planétaire.


Que faudrait-il faire ?

Diminuer très fortement l'emission de gaz à effet de serre. Le plus important est le dioxyde de carbone (C02), responsable de 64 % de l'effet de serre.

Ces émissions devraient être réduites des trois quarts environ d'ici à 2050, disent les experts du GIEC. Or elles ne cessent d'augmenter. Nous émettons quelque 6 milliards de tonnes de carbone par an. Il faut passer sous la barre de 3 milliards de tonnes de C02, la quantité maximale que l'atmosphere peut absorber. En moyenne, cela nous donnerait un quota individuel de 500 kg par an.

Aujourd'hui, on est très loin du compte. En 1998, l'OCDE a fait le calcul des émissions dans le monde industrialisé. La France émettait 6,38 tonnes de CO2 par habitant, soit plus de
douze fois le niveau idéal (voir tableau p. 17). Les Etats-Unis, eux, en étaient à 20,1 tonnes par habitant !


INACTION GÉNÉRALE

Face à ce constat, on ne peut pas seulement compter sur de nouveaux progrès technologiques miraculeux. Il faut au contraire s'imposer «une réforme de nos modes de vie», comme le résume Dominique Bourg (lire l'interview ).

Ce changement implique des privations. Pas évident, donc. D'autant moins que nous ne verrons aucun résultat de nos efforts d'ici au moins cinquante ans. Le CO2 reste dans l'atmosphère pendant cent vingt ans. La plupart des autres gaz à effet de serre, dont
notamment le méthane et les CFC (réfrigérants et aérosols) séjournent, eux, «seulement» autour de dix ans dans le ciel.

Les Etats pourraient donner des signaux forts pour limiter les émissions. Mais ils ne le font pas. D'ailleurs, les associations de défense de l'environnement, dont Greenpeace, ne comptent plus là-dessus. L'exemple américain donné par George W. Bush est connu.

Mais les États signataires du protocole de Kyoto font-ils mieux ? Leur engagement à réduire de seulement 5 % leurs émissions d'ici à 2012 par rapport à 1990 est très insuffisant. La France de Jacques Chirac qui, à Johannesburg, en 2002, s'était posé en chevalier de l'écologie, a tout au plus stabilisé ses émissions. Un «plan d'action renforcé» a été engagé par la Mission interministérielle de l'effet de serre en mars dernier. Il ne suggère aucune obligation nouvelle.

Face à cette inaction, les organisations citoyennes se livrent à une activité essentielle : de la pédagogie.

Le Réseau action climat France (Rac), qui regroupe une vingtaine d'associations de défense de l'environnement, propose trois domaines d'action : les transports, l'habitat et la consommation quotidienne. Les véhicules à essence, à diesel ou au GPL, sont les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre. Dans l'ordre décroissant des pollueurs, ils sont suivis par les avions (voir infographie p.17). Environ 40 % des émissions de CO2 sont liées à la circulation routière.

Cette pollution ne cesse d'augmenter avec nos politiques du tout-voiture et tout-autoroute. Peu de gens sont prêts à limiter l'utilisation de leur véhicule. La situation est grave dans les villes. Une personne seule dans une voiture en ville émet en moyenne 310 grammes de CO2 par kilomètre. En bus, cette personne n'émettrait que 80 grammes en moyenne.

 

Pédalez, c'est bon pour l'air

L'ABUS DU TRANSPORT
A BAS PRIX

Mondialisation libérale, changement climatique, même combat ? D'une certaine façon, oui. La première repose sur le
faible prix des transports. Ceux-ci (camion ou avion surtout) sont les plus polluants. Leur recours
est de plus en plus fréquent
avec l'accélération de la course à la main d'oeuvre à bas prix.
Ainsi, des pommes de terre
néerlandaises sont épluchées
en Italie, des crevettes
norvégiennes décortiquées au
Maroc pour ensuite étre
vendues en Scandinavie, des
kiwis néo-zélandais transportés par avion puis par camion pour être vendus à Cam-four... Les exemples, plus absurdes les uns
que les autres, peuvent être
multipliés à l'infini. Aucune
restriction en la matière n'a été prise pour limiter ces pollutions.

À vélo, elle ne polluerait pas du tout. Sachant qu'un déplacement sur cinq en voiture est inférieur à un kilomètre, que la consommation de carburant est maximale pour ces distances, que la vitesse moyenne en ville est de 14 km/h (18 pour le vélo), notre comportement est irresponsable et irrationnel. En France, l'évolution est très lente. Il en va autrement en Europe du Nord et en Angleterre, notamment en ville. Direction Berlin,
Copenhague ou Londres : vous serez peut-être surpris d'y découvrir des rues infiniment moins encombrées de voitures qu'à Paris, beaucoup plus par des vélos. Les pistes cyclables y sont plus nombreuses. On y respire ! S'agit-il seulement d'une différence de mentalité ? Non. En Europe du Nord, une politique contraignante rend franchement pénible l'utilisation des voitures en ville : le parking est hors de prix, les PV sont astronomiques, les limites de vitesse réduites - vitesse maximale à Stockholm : 30 km/h -, des rues deviennent piétonnes, des péages font leur apparition...

Plus il fait chaud, plus on a envie d'investir dans la climatisation. Et plus on contribue au réchauffement de la planète. La climatisation envoie dans l'atmosphère de l'air chaud et du fluide frigorigène. En voiture, elle peut aussi augmenter la consommation de carburant jusqu'à 30 % !

Aujourd'hui, trots véhicules neufs sur quatre en sont équipés.

Mais peut-on vivre sans clim' dans la canicule ? Non, diront les habitués, de plus en plus nombreux. Et les fabricants peuvent tabler sur une explosion des ventes de climatiseurs dans les années qui viennent.

II y a seulement dix ans, on ne se posait pas la question ; seuls les « branchés » se l'offraient. La chaleur, on faisait avec. Une simple question d'habitude. Bref, éteignez la clim' et utilisez des méthodes de climatisation naturelle.

 

Ma maison est écolo

Pour votre maison, tout peut être résumé en un maître mot : économie d'énergie. Installez des ampoules à basse consommation, régulez la température, isolez la maison, refusez
le chauffage électrique et au lieu de la chaudière au fioul ou au gaz, installez plutôt un insert pour la combustion de bois (très peu polluant). Pour être exemplaire, faites construire une

«maison écologique». Elle économise l'énergie tout en bénéficiant des apports solaires. Tous les matériaux sont, non polluants et recyclables. Pour les murs, on utilise ainsi le bois, la terre crue ou des briques. Pour l'isolation, on se sert de la matière végétale : le chanvre, la ouate de cellulose ou le lin. Toutes les peintures sont sans solvants. Si ces changements vous semblent radicaux, sachez qu'une telle maison n'aurait surpris personne voici un siècle. À part l'énergie solaire, ces techniques sont un héritage de nos grandsparents. En Scandinavie et en Allemagne, l'habitat écologique, répandu, est fortement encouragé par les pouvoirs publics. En France, beaucoup moins.

 

CHANGER: POURQUOI,
COMMENT ?


De nombreuses organisations proposent des pistes face au changement climatique.

Une des plus utiles
est le Réseau Action Climat France (Rac), qui regroupe une vingtaine d'associations dont Greenpeace et les Amis
de la Terre.
2B, rue Jules-Ferry
93100 Montreuil
Tél. 0148 58 83 92.
Site internet (excellent)
www.rac-f.org

Terre vivante fournit des conseils pratiques sur l'habitat écologique. Domaine de Raud 38710 Mens
Tél. 04 76 34 80 80 www.terrevivante.org

L'Agence de l'environ-nement et de la maiïrise de l'énergie (Ademe) conseille les particuliers et les entreprises.
Centre de Paris,
27, rue Louis-Vicat 75737 Paris Cedex 15 Tél. 0147 65 20 00
www.ademe.fr

On peut contribuer à la réduction des émissions en CO2 en faisant ses courses.

Comment ? D'abord en choisissant des commerces de proximité pour limiter l'utilisation de la voiture.

Ensuite en achetant des produits de proximité, ceux qui n'ont pas été transportés par camion ou avion. Il faut aussi privilégier les produits de saison pour éviter les consommations énergétiques liées aux cultures sous serre chauffée, à la réfrigération et aux emballages.

Ces quelques actes sont pour la plupart des gestes qui peuvent devenir des automatismes.

Trop compliqués ? Pensez au tri sélectif des déchets. Il y a dix ans, beaucoup d'entre nous avions du mal à prendre au sérieux ces Allemands et leurs quatre poubelles domestiques.

Aujourd'hui, on en est à revendiquer la collecte du papier et des bouteilles en plastique lorsque ce service n'est pas organisé par les mairies. De fait, le tri des déchets est devenu une habitude. Le traitement de déchets est d'ailleurs le seul domaine en Europe où les émissions de gaz nocifs sont à peu pres maîtrisées. L'espoir de changement n'est donc pas vain.

HENRIK LINDELL

 

(1). Bilan 2001 des changements climatiques : les éléments scientifiques. Le GIEC a été créé par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations-unies pour l'environnement.