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LES NAPPES PHRÉATIQUES ABREUVENT LA
MOITIÉ DU MONDE
Jeudi
20 mars 2003
La
surexploitation et la pollution menacent les zones
désertiques.
Selon l'Unesco , l'approvisionnement en eau de plus de la moitié
de la population mondiale dépend des nappes phréatiques.
Ces aquifères s'étendent parfois sur des milliers
de kilomètres et peuvent emprisonner d'énormes
quantités d'eau. Ils n'ont pas de frontières et
sont souvent partagés par deux ou plusieurs pays. C'est
le cas, par exemple, du système aquifère nubien,
qui s'étend sous le Sahara, entre la Libye, l'Egypte,
le Tchad et le Soudan. Mais on connaît encore très
mal leur localisation et leur étendue exactes, ainsi
que leurs capacités et la qualité de leurs eaux.
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: the New York Times on the web, 28-1-2003 - www.nyt.com |
Pour
mieux évaluer ce précieux capital, l'Unesco a
lancé un programme international appelé International
Shared Aquifer Resources (Isarm). Il a pour tâche de recenser
au cours des six prochaines années les aquifères
transfrontaliers et de les cartographier à l'échelle
du globe. "Une étude qui sera très utile,
car elle permettra de combler les lacunes dans les connaissances
et d'homogénéiser les approches. Tous les pays
en effet ne raisonnent pas avec les mêmes chiffres",
estime Thierry Pointet, ingénieur hydrogéologue
au Bureau de recherches géologiques et minières
(BRGM).
DÉCOUVERTES
D'AQUIFÈRES
Cet inventaire sera établi à partir d'études
localisées sur différentes régions continentales.
En juin 2002, les hydrogéologues de plus de vingt pays
réunis à Tripoli (Libye) ont ainsi mis sur pied
la première étude continentale des aquifères
transfrontaliers d'Afrique. Une évaluation nécessaire,
car les travaux sur les eaux souterraines africaines font cruellement
défaut, alors que de nombreux pays du continent font
de plus en plus appel aux eaux souterraines pour leurs besoins.
Les nouvelles recherches sur les aquifères africains
ont d'ores et déjà permis de localiser vingt aquifères
transfrontaliers, dont cinq n'avaient jamais été
identifiés. D'autres études régionales
ont aussi déjà commencé pour l'Amérique
du Sud, l'Europe de l'Ouest et la région euro-méditerranéenne,
zone politiquem! ent sensible, rappelle l'Unesco. Ainsi, l'aquifère
de la Montagne, qui s'étend entre Israël et la Cisjordanie,
est au cur d'un conflit entre les deux gouvernements.
Israël consomme environ 85 % de la ressource, alors que
l'essentiel des pluies et des eaux de surface qui alimentent
cette nappe phréatique provient du territoire palestinien.
Les négociations serrées qui se sont déroulées
sur cette question ont été officiellement suspendues
après le début de la seconde Intifada.
Cependant,
même lorsqu'ils ont été informés
des risques que comporte une trop grande pression exercée
sur l'exploitation des nappes phréatiques de leur pays,
les gouvernements ne prennent pas toujours les mesures de préservation
de la ressource qui s'imposeraient. Ainsi, l'Algérie,
la Libye et l'Arabie saoudite, qui ont développé
de grands programmes d'irrigation, "vivent au-dessus de
leurs moyens et consomment trop d'eau par rapport au renouvellement
très lent de leurs nappes phréatiques.Elles surexploitent
le stock", juge Thierry Pointet. Le cas du Maroc est moins
critique, car toute sa bande côtière occidentale
subit l'influence humide de l'Atlantique, et il existe de grandes
nappes phréatiques situées au nord et à
l'ouest de l'Atlas. D'ailleurs, "l'ancien roi du Maroc,
Hassan II, était très vigilant! sur les ressources
en eau de son royaume et il appliquait des règles d'économie
sur ses propres domaines", témoigne l'hydrogéologue
français.
Les
nappes phréatiques d'Afrique du Nord ou d'Arabie saoudite,
qui sont souvent installées au même endroit que
les bassins sédimentaires pétroliers, l'eau étant
placée au-dessus et l'huile en dessous, sont souvent
qualifiées de "fossiles", car elles se sont
vraisemblablement remplies à l'occasion de la dernière
déglaciation il y a 10 000 à 12 000 ans. En cas
de surexploitation, les pluies sont insuffisantes pour combler
les prélèvements humains. En Arabie saoudite,
par exemple, il tombe environ 5 mm d'eau par an, et une partie
s'évapore en tombant sur le sol surchauffé.
INADAPTÉ
À L'IRRIGATION
Le
problème est identique pour l'aquifère nubien,
qui s'étend sous le territoire de plusieurs pays. Il
est composé de quatre réservoirs d'une contenance
totale estimée à 120 000 km3 d'eau "fossile".
Le gouvernement libyen a entrepris depuis 1991 d'"extraire"
l'eau de cette nappe en créant une rivière artificielle
souterraine longue de 3,5 km, qui fournit 500 000 m3 d'eau par
jour aux villes de la côte grâce à un réseau
de canalisations de béton de 4 mètres de diamètre.
Le
pompage de cette eau, qui sert également à irriguer
de grandes surfaces cultivées, suscite l'opposition de
plusieurs associations de défense de l'environnement.
Si de nombreux spécialistes font valoir qu'il est légitime
d'utiliser cette eau pour assurer les besoins en eau potable
et ceux des municipalités, ils considèrent en
revanche que cette précieuse ressource est inadaptée
à l'irrigation, en particulier dans les zones arides,
où la moitié de l'eau utilisée se perd
par évaporation.
On
pourrait aussi citer d'autres exemples dans d'autres régions
du globe. Mais, s'"il y a une multitude de problèmes,
et pour chaque problème une solution", insiste Thierry
Pointet, il faut aussi savoir, prévient-il, "qu'on
n'y arrivera pas si on veut tout traiter à la fois".
Christiane
Galus
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