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EN
2050, DE DEUX À SEPT MILLIARDS D'HUMAINS POURRAIENT MANQUER
D'EAU
Jeudi
20 mars 2003
(LE MONDE)
L'augmentation
de la population mondiale devrait conduire, selon l'Unesco,
à une carence de cette ressource vitale. Pour éviter
cela, les experts, réunis à Kyoto et à
Florence, invitent à lutter contre le gaspillage, à
améliorer l'irrigation et à investir dans des
équipements.
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Le
Monde - Le Monde Diplomatique - Aquastat (UNESCO)
- New York Times
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A
Paris , l'eau coule du robinet sans que l'on y pense. A Tucson
(Etats-Unis), les golfs sont bien arrosés, mais le spectre
de la pénurie d'eau réapparaît tous les
étés. A Arada (Guatemala), les paysans vont chercher
l'eau à une source distante d'une heure de marche du
village. A Ouagadougou (Burkina Faso), avoir un puits au milieu
de la "cour" qui rassemble plusieurs maisons de la
même famille est un privilège envié. Ainsi,
aux quatre coins du monde, l'eau est vécue différemment.
Toujours indispensable, elle s'inscrit dans des conditions matérielles
et culturelles si différentes qu'il est difficile de
l'appréhender d'une manière homogène.
Il n'en reste pas moins qu'il existe bien un problème
mondial de l'eau, une préoccupation globale qu'exprime
le Forum mondial de l'eau, qui se tient à Kyoto (Japon)
cette semaine. La raison en est simple : "Les ressources
en eau sont en chute libre alors que la demande augmente de
façon dramatique, affirme Koichiro Matsuura, directeur
général de l'Unesco (Organisation des Nations
unies pour l'éducation, la science et la culture). Au
cours des vingt prochaines années, on s'attend à
une diminution d'un tiers, en moyenne, de l'eau disponible par
personne dans le monde".
Globalement,
la ressource en eau devrait être suffisante : chaque année,
la planète voit 40 000 km3 ruisseler sur ses flancs,
et les hommes n'en prélèvent que 20 %. Mais comme
cette manne est répartie de manière très
différente selon les régions, et que la densité
de population diffère elle aussi beaucoup, de nombreux
pays sont déjà dans une situation hydrologique
tendue.
De
plus, la croissance de la population mondiale, qui va passer
de 6 milliards d'individus à 9,3 en 2050, selon la projection
des Nations unies, va faire empirer la situation. Dans son Rapport
mondial sur la mise en valeur des ressources en eau, l'Unesco
estime que "vers 2050, 7 milliards de personnes dans 60
pays (hypothèse pessimiste) et 2 milliards dans 48 pays
(hypothèse optimiste) seront confrontées à
une pénurie d'eau".
Concrètement,
cette augmentation de la consommation d'eau s'est en bonne partie
opérée par la multiplication des puits dans les
pays en développement pendant les années 1990.
"En Inde, par exemple, observe Daniel Zimmer, directeur
du Conseil mondial de l'eau, le pompage a été
subventionné par un prix gratuit de l'électricité
pour cet usage. La moitié de la production électrique
indienne est ainsi consacrée au pompage de l'eau."
Le
manque d'eau pourrait avoir, si rien ne change, une autre conséquence,
soulignée par l'International Food Policy Research Institute
dans un rapport publié en octobre 2002 : "En 2025,
la pénurie d'eau pourrait causer la perte annuelle globale
de 350 millions de tonnes de production alimentaire - légèrement
plus que la production céréalière des Etats-Unis."
La qualité de l'eau n'est pas un problème moindre
que celui de sa quantité. Dans de très nombreux
pays, les déchets ou les eaux usées sont rejetés
sans traitement à la rivière. Une étude
menée sur 116 villes a constaté que, en Afrique,
seuls 18 % des foyers sont raccordés aux égouts
et, en Asie, pas plus de 40 %. Cela a des conséquences
sur la santé - de nombreuses maladies sont transmises
par l'eau polluée - et sur la production agricole, sans
parler des atteintes aux écosystèmes, de surcroît
blessés par la destruction des zones humides et le bétonnage
des rivières. En outre, l'irrigation entraîne souvent
une remontée des nappes phréatiques, ce qui les
condamne à terme, et la salinisation des sols.
Que
faire ? Les experts ont un mantra : la volonté politique,
qui commence à s'affirmer. La question de l'eau s'est
hissée sur l'agenda diplomatique et la communauté
internationale s'est fixé pour objectif de diminuer de
moitié d'ici à 2015 le nombre de personnes n'ayant
pas accès à une eau potable de qualité
ni desservies par un système d'assainissement.
Il reste à traduire cette volonté politique dans
les actes des gouvernements, qui, dans les pays pauvres, ont
souvent d'autres préoccupations. Il faut aussi trouver
des financements, même si les quelque cent milliards de
dollars supplémentaires qui seraient nécessaires
chaque année paraissent bien modestes par rapport aux
dépenses militaires mondiales (de l'ordre de mille milliards
de dollars).
Le
débat sur la façon de trouver ce financement et
sur la part que doivent prendre respectivement les secteurs
privé et public nourrira les débats du Forum de
Kyoto, ainsi que ceux du Forum alternatif de Florence, qui se
tient vendredi et samedi. Mais les solutions envisageables renvoient
aussi à des discussions sur les techniques à mettre
en uvre.
Le consensus se fait sur la nécessité de lutter
contre les gaspillages dus aux habitudes de consommation mais
aussi ceux qui proviennent d'une mauvaise gestion. "Il
n'est pas rare de trouver des taux de 50 % de fuite dans les
réseaux urbains, observe Jean-Pierre Tardieu, de Vivendi
Environnement :il faut commencer par agir à ce niveau-là."De
même, l'irrigation est extrêmement inefficace :
60 % de l'eau utilisée y sont gâchés, selon
l'Unesco.
La
lutte contre le gaspillage renvoie autant à des changements
techniques que politiques, puisqu'elle suppose une volonté
politique claire et une acceptation par la population d'un certain
enchérissement de l'eau. D'autres solutions techniques
émergent, comme le recyclage des eaux usées ou
le dessalement de l'eau saumâtre ou salée.
On
promet aussi la renaissance de techniques anciennes mais efficaces,
comme le recueil de l'eau de pluie, qui se développe
rapidement en Inde et ailleurs. Mais la tentation est grande
d'entreprendre de grands travaux hydrauliques : la Chine envisage
ainsi de transférer de l'eau du Yangzi Jiang vers le
nord du pays, l'Inde prépare un réseau de canaux
reliant les 37 fleuves du pays, le Tchad rêve de détourner
l'Oubangui pour faire renaître son lac et, partout, les
projets de barrages se multiplient. Solutions "douces"
et participatives contre projets d'ingénieurs et de béton
: telle sera peut-être la vraie bataille de l'eau des
prochaines années.
Hervé Kempf
à
Atlas mondial de l'eau, Salif Diop et Philippe Rekacewicz,
Autrement, 64 p., 13 € . Une présentation claire
des problèmes de l'eau au moyen de cartes et graphiques.
à
Le Dossier de l'eau, Marc Laimé, Seuil, 408 p., 20
€ . Cette analyse précise des modes de gestion
de l'eau et pointe le danger de privatisation.
à
Obsession de l'eau, Diane Raines Ward, Autrement, 258 p.,
19 € . Cette série très vivante décrit
des cas concrets à travers le monde. Axé sur
les barrages.
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